J’aurais adoré être une chanteuse de jazz dans les années 30.
Dans les scène-bar de Chicago, sur des scènes petites qui permettent la proximité avec le spectateur. Des personnes, des couples, des hommes après leur travail qui fument leur cigarette attablés sur une petite table avec comme compagnie un whiskey. Ces femmes tellement belles et apprêtées de robe ajustées à leur corps comme une gaine le ferait de nos jours. Ces femmes des années 30 qui avaient un sex-appeal presque naturelle.

Je serais sur cette scène distrayant le public de ce son jazzy pas trop entrainant et pas trop doux, juste sexy et agréable après une fin de journée de boulot, un rancard ou une négociation d’affaire.
Je serais là sans que l’on prête attention à moi mais habitée par la musique afin de donner du courage à ce jeune premier qui a emmené à son premier rendez-vous son date du soir.
Je serais maquillée d’un rouge aux lèvres flamboyant, vêtu d’une robe chic avec de l’éclat et accompagnée de 2 musiciens en costumes 3 pièces.
Mais évidemment pour celles et ceux qui me connaissent ce scénario n’est absolument pas crédible, pour une raison très simple ….
… je suis une chanteuse abominable !!!!!!
J’aurais aimé être une comique et faire un one-woman show pour distraire les gens et surtout leur donner du bonheur, les faire rire, leur faire oublier leurs soucis.
J’ai toujours aimé mettre de l’ambiance, distraire mes amis tristes, être celle qui déconne, qui délire.

Je crois qu’au-delà de faire rire mes amis, cela me provoquait un sentiment tellement agréable de les voir rire et s’amuser lorsque je m’exerçais.
C’était presque égoïste à ce niveau-là, ça me faisait un tel bien de faire rire mes amis et de détourner mes problèmes en dérisions, ça les rendait tellement moins impressionnant et moins importants et donc plus facilement surmontable.
Lorsque je vois les spectacles de Florence Foresti (que j’admire beaucoup) je me dis que j’aurais tellement pu écrire les mêmes textes au même moment de ma vie.
Un peu comme si j’assistais à ma vie que j’aurais eu si j’avais choisi cette voie. Une sorte de parallèle très bizarre.
Alors évidemment je n’aurais peut-être pas eu le même succès que Florence et son talent mais c’est évident que de faire rire les gens comme métier m’aurait vraiment plu.
J’aurais aussi adoré persévérer dans le monde du sport automobile lorsque je faisais du karting pour devenir pilote.
Alors par contre j’aurais aimé que ça m’arrive à l’époque d’aujourd’hui. Car à notre époque il existe un championnat de F1 pour les femmes et cela n’existait pas du tout à l’époque où j’exerçais le karting donc je n’aurais pas pu aller bien loin en monoplace.

Mais quand je vois ces jeunes filles qui évolue en F1 Academy je me dis qu’elles ont une chance incroyable et que j’aurais rêvé que cette chance existe à mon époque, il est évident que je n’aurais pas arrêté le karting et que cela aurait été ma motivation.
Mais les choses sont comme elles sont.
Je ne suis pas née au début du 20eme siècle à Chicago et je ne suis pas née non plus au début du 21eme siècle pour faire partie de la génération d’aujourd’hui qui ont accès à tout leur rêve qu’elles soient nées fille ou garçon. Et je ne suis pas née avec le courage de me produire sur une scène devant un public et mettre au défi de les faire rire.
Je suis née au milieu des années 1970, j’ai connu les année 80 et 90 qui ont été les années magiques pour la musique, la liberté. Nos grands parents avaient combattu pour que l’on ne soit pas sous l’emprise d’une dictature antisémite, nos parents se sont battus pour une liberté sexuelle, la liberté du vote pour tous, la liberté de vivre, de s’habiller comme on veut et de s’aimer comme on veut.
On a appris tout seul à garder nos droits et nos libertés, à se protéger afin de continuer à être libre d’aimer.
J’ai vécu une adolescence insouciante et libre, sans peur d’une guerre, de violence ou que l’on me fasse boire une drogue à mon insu. On sortait seule, on rentrait seule, on avait une confiance probablement trop innocente.
J’ai vécu des années merveilleuses à apprendre qui j’étais avec des rencontres, des histoires d’amour, des passades, des aventures, des passions, des amitiés.
J’ai grandi sans barrière.
Mon Dieu mais quelle chance on a eu !!!!
Alors évidemment on a connu le harcèlement comme les jeunes d’aujourd’hui mais on le vivait différemment car on n’avait pas la peur que les jeunes d’aujourd’hui vivent.
On n’avait pas les réseaux sociaux pour amplifier ce phénomène.
Je me souviens d’une fois je rentrais de mon école de communication tard le soir après avoir bosser sur une étude de cas, j’avais 20 ans à tout casser je pense. J’attendais mon bus à l’arrêt de bus à Paris quand un homme à côté de moi sort son sexe et se met à se branler à côté de moi. Je me suis tournée vers lui et je lui ai hurlé dessus : « rentre ton machin personne n’a envie de voir un truc si petit » et je suis montée dans le bus.
Alors bien sûr, c’était totalement débile et dangereux comme réaction et aujourd’hui je serais peut-être tombé sur un pervers qui m’aurais suivi pour me violer quelque part mais à l’époque nous n’avions pas cette peur et j’avais un caractère déjà bien trempé.
Aujourd’hui les jeunes sont effrayés de répondre, de se défendre, de parler car ils ne savent pas quel dégénéré ils ont en face d’eux.
C’est terrible.
Le monde est rempli de personne qui peuvent vriller à n’importe quel moment, c’est flippant !
Je pense à mon fils de 18 ans tout juste et je me dis, quelle jeunesse il va avoir. Dans quelle condition va-t-il apprendre à aimer, à vivre, à grandir.
Ont-ils encore le droit d’être insouciant comme je l’ai été, ont-ils le droit de vivre en toute liberté sans peur et sans barrière ?
Aujourd’hui en tant que parents je suis terrifiée à chaque instant. Des jeunes qui se font tabasser à mort dans la rue à cause d’un délit de faciès ou parce qu’il n’ont pas de cigarette ou qu’ils sont gaie ou juif, des jeunes filles qui se font violer et torturer pour les même raisons, des profs qui se font décapités, des jeunes qui se font tuer à coup de kalachnikov par des terroristes lors d’un concert au nom d’un Dieu.
C’est dans cet univers là que nos enfants vont grandir, vont découvrir l’amour, vont vivre leur jeunesse.
Curieusement eux ne sont pas plus effrayés que ça car ils ont connu que ça. Mon fils a 18 ans et ça fait presque aussi longtemps que l’on vie dans cette ambiance anxiogène, cette peur qui nous habite. Ils y sont habitués eux, c’est triste mais c’est tout ce qu’ils ont connu.
Mais nous, nous sommes angoissés pour eux parce que justement ce n’est pas du tout ce que nous avons vécu. Ce n’est pas du tout ce que la vie et la jeunesse doit être. Ça ne devrait pas être si flippant.
Je trouve la génération de nos enfants très courageux, très investit, très conscient des choses, très adultes… bref rien de ce que j’étais à l’âge de mon fils.
Lorsque j’avais 18-20 ans je me foutais littéralement de la politique, des infos, des problèmes, je ne pensais qu’à mes études, les sorties, les mecs, les souvenirs que j’allais me forger avec mes amis, les aventures à faire, les choses à découvrir avant de devenir une adulte responsable.
Aujourd’hui ils en savent plus sur l’écologie, l’avenir de notre planète, ce qu’il faut faire et ne plus faire que nous. IIs sont parfaitement au courant du terrorisme, du harcèlement, qu’il faut se méfier, ils ont appris à pallier aux divers problèmes. Ils ne sortent pas en boite sans protéger leur verre, ils ne rentrent pas de soirées seuls… et tout ça c’est normal, c’est leur vie, c’est leur jeunesse.
C’est finalement eux qui nous donnent de bonnes leçons.
Ils s’adaptent à la situation pour la rendre acceptable pour eux, font en sorte d’y trouver une certaine liberté qui leur convient afin de profiter de leur jeunesse et de la vivre avec bonheur, plaisir, amour, amitié et d’y créer des souvenirs à vie.
Et si nous, adulte, nous commencions par apprendre de nos enfants.
Et si nous essayons de trouver notre bonheur dans ce monde qui a beaucoup changé et s’y nous arrêtions de râler, d’avoir peur et de critiquer. Et si à la place on trouvait ce qui nous rend heureux dans ce monde, et si nous essayons de transmettre ce bonheur autour de nous. Avec un peu de chance ça pourrait être contagieux.
Et puis il parait que la peur n’évite pas le danger, alors apprenons à vivre sans penser au pire et si on commençait à vivre en pensant à ce qu’il y a de meilleur !
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