Je déteste ce moment qui me rappelle la réalité de ce que je vis.
Je le déteste tellement !
La plus part du temps, j’arrive à mener une vie normale. Je ne pense pas au cancer. Je fais attention à mon alimentation, je fais attention à mes réactions face au stress, au tension. Et ça fonctionne plutôt bien. J’arrive à passer des journées comme avant, avec du rire, de l’enthousiasme, de l’envie. Même plus qu’avant je dirais même, car maintenant je connais la fragilité de la vie, l’importance des moments que l’on vit au quotidien, la valeur du présent. Donc je dirais que je vis tout plus intensément qu’avant.
Mais il y a ces moments où littéralement et physiquement mon corps me lache.
C’est la plus part du temps le soir, quand je décide de faire comme avant et de passer une soirée à sortir m’amuser, participer à une soirée entre amis, un mariage, me coucher tard… enfin essayer, car à chaque fois le couperet tombe, comme une masse et sans prévenir.
C’est un peu comme si vous rouliez à 100km/heure sur l’autoroute avec votre voiture et d’un seul coup, elle ralentit pour s’arrêter net en plein milieu de la voie car vous n’avez plus une goutte d’essence, vous n’êtes même plus sur la réserve, vous êtes à sec. Impossible de la faire rouler quelques km de plus pour atteindre une aire de repos.
Et bien c’est exactement la même chose, la même sensation qui se passe dans mon corps. Sans prévenir mon corps s’arrête, il n’a plus de jus du tout, les batteries sont réduites à néant, j’ai besoin d’être en appuie sur mes deux jambes pour me tenir debout car si je met tout mon appuie sur une seule jambe, je sais qu’elle ne tiendra pas tout mon corps et je vais m’écrouler. Alors j’essai de bien me stabiliser sur mes deux jambes. Je cherche dans mes plus profondes ressources pour rentrer chez moi et là je m’effondre sur mon lit et je ne sens quasiment plus mes jambes. C’est une sensation effrayante. A chaque fois je pose mes mains sur mes jambes pour m’assurer de les sentir encore.
C’est précisément à ce moment là que je sais que je ne serais plus jamais la même, que mon quotidien ne sera plus jamais le même, que cette maladie aura eu un effet sur mon corps définitivement.
Je suis heureuse et reconnaissante d’être là, de vivre chaque jour et chaque anniversaire. Je ne veut pas me plaindre car bon nombre de personne qui traverse le cancer n’ont pas la même chance que moi.
J’essai tout les jours d’avoir des pensées positives et un moral optimiste mais lorsque mon corps lache c’est comme si la réalité me mettait une claque et me disais « Eh oh essai de ne pas oublier que tu as un cancer ma grande ! »
Alors je dois faire avec, je dois me sentir déjà chanceuse de tenir le choc sur le dancefloor jusqu’à minuit max avant de tomber en lambeau. Et j’essai de voir ça différemment et de me dire que je suis une Cendrillon qui doit inévitablement et quoi qu’il arrive rentrer avant minuit pour éviter que mon corps me rappelle à la dure réalité et profiter au mieux de la soirée avec mes amis.

Je suis Cendrillon c’est pas si mal en fait !
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